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vendredi 14 mai 2010

Les Saintes jusqu'à Pointe-à-Pitre / Préparation de la transat















Pour rallier l’archipel des Saintes, notre prochaine étape, nous choisissons de passer au vent des îles. En quittant le mouillage de Sainte Anne, l’anti-chambre de la baie du Marin, nous longeons la pointe Dunkerque, puis celle des Salines, et tirons un bord pour nous écarter de la pointe d’enfer (très gentiment saluée par l’estomac de Laurène certainement contrarié par la prise d’un ris).L’exercice en se trouvant au vent des îles, consiste à s’en éloigner ou à tenir une distance de sécurité car le vent et le courant nous poussent vers les récifs. L’avantage de cet itinéraire est de profiter d’un vent constant, l’inconvénient est que l’Atlantique est toujours plus formé que la mer des Caraïbes qui bénéficie de la protection des terres.

Nous dégustons donc les creux, au près serré, mais sans moteur et nous réjouissons de découvrir la Martinique sous ce nouvel angle. Au niveau des plus hauts reliefs de l’île le ciel est couvert et nous rencontrons des grains successifs. Pour ce qui est des canaux inter îles, l’effet entonnoir se sent évidemment beaucoup moins que lorsqu’on débouche sous un relief.

Mis à part l’important degré de gîte du bateau, Goudrome tient une allure confortable. A partir de la Dominique à bâbord nous abattons légèrement, en laissant Marie-Galante que nous distinguons par de faibles lumières sur tribord. Deux îles magnifiques que nous passons sans escale malgré tous les bons échos. Notre objectif nous l’atteignons aux aurores par un vent passé petit largue et une houle qui nous porte à 270° entre le Grand Ilet et le rocher de la Redonde. La définition de l’archipel prend toute sa résonnance lorsque le bateau pénètre entre ces minuscules morceaux de terre qui vous encerclent. Ici le relief n’est pas très élevé mais aussi vert que découpé.

Enfin nous contournons Terre de Haut, en direction de l’Anse du Bourg, où nous mouillons par dix mètres de fond. Le bourg des Saintes à quelques brasses est le seul village, des maisons basses et colorées sont alignées pour créer une rue principale très pittoresque. L’ambiance y est paisible, on pourrait être dans un coin reculé du Sud de la France ou de Bretagne. Les habitants sont d’ailleurs des descendants de ces derniers… On croise aux Saintes un tas de blonds aux yeux bleus, la peau burinée par le soleil et parlant créole, c’est étonnant !

L’histoire, nous la lirons dans la fraîcheur des salles du Fort Napoléon devenu un petit musée. Un bastion construit par les français au 19ème (ils furent défaits par la flotte britannique un siècle plus tôt au bout du plus grand affrontement France/Angleterre dans la Caraïbe. A l’extérieur, un jardin botanique contourne la construction, nous y voyons des iguanes mais surtout une vue imprenable sur tout le littoral : on distingue la découpe des criques et des plages mais aussi les récifs. Sur l’horizon sont posées la Dominique, Marie Galante, la Guadeloupe. Finalement, vu de là haut, ce n’est pas plus mal que les avions soient cloués au sol, si les iliens se plaignent de fin de saison ratée en accusant un volcan, nous profitons pleinement de cette bulle de calme.

Notre séjour ressemble donc à une semaine de vacances dans un océan de vacances. On se promène, puis on se baigne, sans se fatiguer et enfin on se repose pour l’apéro du soir parce que des amis arrivent. Il y a aussi un livreur de pain chaud à 7h10 du matin, 20 minutes avant le bulletin météo de RFI diffusé sur les grandes ondes. C’est qu’il faut s’entraîner pour déchiffrer et retranscrire toutes ces précieuses informations : les avis de coup de vents, l’évolution des dépressions dans l’ensemble, l’état de la mer, la force et la direction du vent, etc

Tout ceci correspondant à des zones précises, toutes les mers et les océans sont découpés et portent des jolis noms, pour faciliter la tâche des navigateurs. On ne se lasse pas de ces îles où le soleil organise le programme et le menu, le seul souci réel c’est le retour qui ne s’improvise pas. On ne part pas n’importe quand et encore moins n’importe comment. Sur le premier point, nous avons abandonné la « to do list » du Marin pour la reprendre à Point à Pitre, la date du départ étant fixée vers le 15 mai de Guadeloupe (vers les Açores).La route sera liée aux conditions de vent, c'est-à-dire que nous ferons du Nord vers les Bermudes (soit du pré par vent de ENE à priori) et puis nous abattrons si le vent vire au NW, sinon nous ferons une escale aux Bermudes.

Pour le reste, sur Goudrome, plus on entre dans le détail de préparation du bateau, plus il y a de boulot (Jean René sait de quoi je parle).

C’est donc sous la contrainte que nous quittons le petit paradis des Saintes où nous sommes immergés. Laurène m’emmène voir sa petite pieuvre et dessine ses poissons préférés, nous parcourons chaque jour le corail (et l’impressionnante épave de chalutier coulé derrière Goudrome).Nous faisons nos adieux aux Saintes le 9mai pour rallier la Guadeloupe.

Six petites heures pour trouver la première marque rouge du chenal de la rade de Point à Pitre. Nous amarrons Goudrome au ponton n°6 de la marina de Bas de Fort pour la dernière escale des Antilles. Au programme, retrouvailles sous le signe de la famille Passien, une journée très sympa passée à découvrir Chantal et Michel (membres de la famille de Laurène installés en Guadeloupe) qui nous emmènent généreusement de leur table favorite à leur plage romantique.

Ensuite, avitaillement évidemment, Laurène concocte des conserves aux saveurs locales après avoir déniché les épices aux quatre coins du marché, entre deux points de couture… Au rayon bricolage, on fait toutes les pages du catalogue des ship’s : on pope des rivets, on remplace des durites, on soude des fils électriques, on détend le gréement puis on le retend, on prépare les bastaques et la garde-robe de gros temps….

Rassurez vous, Goudrome est fin prêt, la barre de flèche qui pleure n’est plus qu’un mauvais souvenir. C’est avec un grand sourire que son étrave va parcourir l’océan ! A son bord, l’équipage est plus motivé que jamais. L’aller était comme une grande descente en vélo, on lâche les mains et on se contente de sentir le vent sur la peau. Pour le retour, Laurène se joint à moi pour se retrousser les manches, ça risque de grimper sec, on va se cramponner au guidon et pédaler tant qu’il le faut.

Vous l’avez compris à l’aller, on ne traverse pas l’Atlantique à la voile pour vous donner une date d’arrivée, on en serait bien incapables ! Un minimum de vingt jours nous sera nécessaire pour retrouver la terre des Açores.

A très bientôt, on pensera souvent à vous !


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jeudi 29 avril 2010

Carriacou








Pour aller loin , il faut ménager sa monture.
A priori, tout le monde ne l’a pas compris, mais on a décidé de poursuivre le voyage en se rapprochant de vous un petit peu chaque jour. Nous avons donc choisi Carriacou pour y faire une escale technique, d’abord parce que ce n’est pas cher, mais aussi et surtout parce que le contact a été super depuis le début.


Depuis Prickly Bay, entre deux siestes, nous organisions la sortie de Goudrome. Ainsi, Xavier a eu plusieurs contacts téléphoniques avec d’une part Dominique, d’autre part Paul. Le premier est soudeur sur un trimaran transformé en atelier flottant et malgré la panne de son groupe, il trouve une solution pour nous faire le boulot de soudure en autant d’étapes que de lieux. (coupe sur le bateau, soudure à terre, bref, c’est folklorique mais efficace).

Le second, Paul, un anglais, est le nouveau gérant du chantier. Il se coupe en quatre pour trouver des solutions et faire plaisir dans un contexte où rien n’est évident. En effet, le chantier est isolé, on sort le bateau au milieu des arbres, comme dans la cour d’une ferme, et le travel-lift slalome entre poules et chèvres.Il commande les produits qui sont livrés le lendemain, ainsi nous effectuons le boulot en trois jours. Goudrome arbore un antifooling noir du plus bel effet.

La première nuit est consacrée à la chasse aux moustiques, nos jambes sont couvertes de piqûres. Mais grâce à Dominique, notre séjour sera des plus confortables, nous passerons les deux nuits suivantes sur un matelas king size recouvert d’une moustiquaire, balayé par un énorme ventilateur silencieux. Du pur bonheur !

Goudrome file maintenant sur l’eau, et nous avons rallié Le marin en Martinique pour y effectuer les dernières étapes des préparatifs pour la transat retour.

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mercredi 21 avril 2010

perdus dans les fjords du sud de Grenada...













Le long chenal balisé de St-George’s Harbour nous conduit entre les récifs dans une baie très bien protégée appelée « the lagoon » et réputée pour être un des meilleurs mouillage forain des petites Antilles. Une fois de plus nos documents cartographiques ne servent à rien, la baie déserte des guides nautiques indiquant le petit ponton du « Grenada Yacht Club » est à présent truffée de pontons aussi neufs que gigantesques de sorte que le mouillage devient difficile.

Le fond est d’excellente tenue mais nous manoeuvrons à deux reprises pour ne pas gêner les voisins ainsi que le chenal d’accès du Port Louis. Il en est de même pour Epicure (Damien et Sylvie, rencontrés à Mindelo, ils font la boucle de l’Atlantique en provenance de Paris et à destination de Paris, ils habitent le Port de l’Arsenal, à Bastille)que nous retrouvons au mouillage, ils envoient deux ancres pour tenter de rester dans l’axe du vent principal et finissent par bouger. Nous finissons par obtenir une place au Yacht Club. Cela tombe plutôt bien, nous devons remplir les cuves d’eau, faire un approvisionnement et débarquer Basile et Léo. Les manœuvres de port sont souvent compliquées quand le vent souffle en puissantes rafales, je décompose un maximum pour que tout se déroule tranquillement.

Notre place est au bout du quai, nous entrerons en marche avant (le safran est affaibli, en marche arrière il faut prendre de l’élan et manœuvrer sur son erre). Sur bâbord un demi catway en béton, à tribord un voilier anglais dont le propriétaire déplace l’annexe pour notre arrivée. Sympa, il propose aussi de nous frapper à la pendille (bouée située à une vingtaine de mètres du ponton sur lequel on noue une amarre). Léo reste sur le quai pour réceptionner le bout que lui enverra Laurène, Basile remonte l’ancre et passe le bout à l’anglais.

Je suis à la barre, tout se passe à merveille, je colle le voilier sur tribord et éviter d’être poussé par le vent, Basile passe l’amarre à l’anglais dans son annexe qui fait signe que son nœud de chaise est bouclé. A l’avant Laurène a envoyé le bout, Léo l’a réceptionné. Super, une petite marche arrière pour stopper Goudrome, et nous voilà à terre !

Dans mon petit feuilleton, il en était ainsi mais une petite hésitation à l’avant à cause d’un taquet cassé puis un type arrivé de nulle part ordonnant de passer le bout sur bâbord, (soit sous le vent…) interrompt brusquement la fiction. Dans le cockpit, un autre souci apparaît : en tentant de reprendre l’amarre arrière je constate que notre brave voisin à loupé son nœud ou s’est trompé de point d’attache… Bref Goudrome est arrêté, chassé par le vent sur le béton… Heureusement, nous sommes nombreux et réactifs, tout fini par rentrer dans l’ordre. Moralité, plus on est de fous, plus on pleure !

Quatre mois nous séparent de l’arrivée à Las Palmas de Gran Canaria où une minuscule annexe propulsée tranquillement par deux rames obstruait l’entrée du port. Dans ce petit gonflable, il y avait Léo. A cette époque nous ignorions que nous ferions un bout de chemin ensemble. Après la traversée Cap Vert/Martinique était venu le temps des adieux, puis les choses ont voulues que nos routes se superposent de nouveau. Cette fois encore, l’aventure aura duré plus de dix jours.

Dix jours pour approfondir une relation avec Léo, dix jours pour découvrir Basile. Basile a pris la décision de nous accompagner en deux minutes, c’est un garçon entier, pas du genre à hésiter. Il ne cache pas son côté brut et sauvage, limite asocial les premiers jours, il parle peu et passe le plus clair de son temps seul sur le pont à observer l’horizon. Quand il n’est pas sur le pont, il s’assied sur la plateforme arrière et joue de la guitare, son répertoire se limite à présent à deux morceaux maîtrisés: « les écorchés vifs » de Noir désir et « In the night » de Amparanoïa.

De ce point de vue, nos deux équipiers sont complémentaires, Léo répète ses gammes en douceur et en silence alors que Basile gratte plutôt façon manouche énervé. Parfois le carré de Goudrome se transforme en école de musique, parfois en atelier de couture. Le départ proche pour le Venezuela déclenche chez les deux compères une réorganisation complète de la garde-robe à la trousse de secours en passant par les bouquins,… Ils se cousent des poches intérieures, se fabriquent des petites pochettes, vident et revident leurs sacs dans le but de s’épargner une charge inutile.

Léo voyage très léger, son sac contient un duvet, un poncho, un slip, un tee-shirt, une petite pharmacie composée de produits naturels scrupuleusement sélectionnés. Basile transporte un sac proportionnel à sa guitare, et à sa façon de jouer. C’est qu’il transporte aussi sa cantine, des chaussures de grimpe,et une collection de produits de soin fait-maison complètement naturels allant du dentifrice à l'argile jusqu'à l'huile de millepertuis… Son meilleur remède reste l'urine.

Pour reprendre des mots simples issus de sa bouche : « mad and nomad » et « à l’arrache »,représentatifs du mode de survie qu’il s’impose courageusement. Il est quand même parti pour l’Inde à vélo, même si les frontières l’ont fait quitter le chemin terrestre à Istanbul. Là ils sont tout deux à six mois du départ, l’objectif est presque atteint : L’Amérique latine !

Pour nous, c’est un plaisir de partager ce bout de route grâce au cadeau qu’est Goudrome, et surtout on considère la rencontre comme un fruit. Un de plus en voyage. Jean-Michel, un copain qui a commencé à vivre après 50 ans disait très simplement « la richesse c’est les autres ! »(la fortune lui a sourit très tôt, absorbé par ses activités, il a été jusqu’à oublier de vivre…) . Les longues discussions philosophiques insufflées par Léo, les expériences et le regard de nos passagers et amis sont et seront désormais gravés dans nos mémoires. Bonne route les baroudeurs !

Notre sillage retrouve une légèreté qui doit être un symbole de liberté. Après diverses promenades, Laurène et moi partons à la découverte des fjords de la côte sud de l’île aux épices. Notre ancre semble plus lourde, nos journées paisibles se résument en une conversation : Laurène, à peine couverte d’un paréo, allongée sous un ventilateur, parcoure avec délice son 58 ème roman :
-Xavier ? (Xavier qui démonte tranquillement la troisième pompe à pied conservée à bord pour tenter d’en rendre une fonctionnelle)
-Oui ?
Laurène : -Tu te fais chier ?
Xavier : -Non, et toi ?
Laurène :-Non plus.

Les escales s’allongent un peu comme nous, c’est le repos du guerrier, le garage. Ce n’est pas plus mal, on découvre encore un tas de gens fantastiques, de toutes nationalités. Nous avons un point en commun : avoir marché longtemps, couru parfois, et nous voilà comme au bout du monde… Ce monde imaginaire que forment les Antilles.

Un peu plus au Sud, Trinidad où beaucoup trouvent un abri anti-cyclone avant de rejoindre leurs occupations respectives, le réel en quelques sortes. Au Sud Ouest les îles Vénézueliennes puis les ABC (îles hollandaises) sur la route de Carthagène et Panama, pour ceux qui comme Roel et Isa poursuivent la route vers le Pacifique (ils rentrent en Nouvelle Calédonie avec leurs deux enfants). A l’Ouest, d’autres mouillages comme celui de Hog Island, le théâtre d’un rendez vous barbecue hebdomadaire. On ancre à quelques brasses de la plage pour y manger du poisson grillé et y boit quelques bières fraîches en dansant au rythme du reggae local,les pieds dans l’eau.

Les soirées à Grenade sont tellement riches en souvenir que je me dois d’en partager quelques uns. Ainsi, un soir nous retrouvons Basile, Léo mais aussi Sylvain qui nous emmenait découvrir une cascade de nuit quelques semaines plus tôt à Sainte Lucie. Ce soir là, après un concert de Steel Band et une grande tablée de pizzas entourée d’italiens, nous partions en virée entre garçons au « Fantasia », un des deux clubs du coin. Vers 6h du matin, Roel avait pris le volant à Sylvain qui avait oublié le code de la route… Basile qui dormait dans le coffre du Pick-up s’était fait faire les poches et était tombé en voulant poursuivre ses agresseurs… Léo, lui, avait la lourde responsabilité d’éveiller Laurène pour lui annoncer que j’avais disparu… Laurène voyant Basile blessé et Léo plus blafard que jamais s’est fait du mauvais sang. Moi je m’étais endormi sur la route en pensant rentrer à pied (je ne savais pas où j’étais évidemment) avant de me faire gentiment éveiller puis ramener par la police…

Il y a deux jours, nous avions cinq invités à bord dont deux personnages : Jacques et Thierry, deux militaires de la marine nationale française en escale après une mission humanitaire à Haïti. Leur bâtiment, le Batral « Francis Garnier » est en fin de vie et l’un d’eux en fin de carrière. Tout deux croiseront l’Atlantique pour la dernière fois, les 1500 tonnes qui ont fait trembler les pontons d’Haïti vont être recyclées. Le « Francis Garnier » sera désarmé à son retour en France.

Hier, encore une soirée Mémorable : en fin d’après midi, une barge en aluminium nous approche et j’entends mon prénom. Ce sont Chico et Johan, deux français sympas rencontrés une semaine plus tôt qui nous emmènent pour une visite d’exception. On embarque sur cette barge de coast guard américain pour emprunter un chenal balisé un peu spécial : c’est une voie d’accès rapide à Calivigny Island… que nous empruntons à une vitesse que j’aurais bien du mal à interpréter (il y a 300 chevaux derrière l’engin, je n’ai jamais été si vite sur l’eau) mais que Laurène a l’air d’apprécier ! Oui, passer d’une île à l’autre en deux minutes c’est magique. Surtout quand quelqu’un vous attend pour prendre les amarres et qu’un véhicule encore plus spécial vous attend derrière la cabane de sécurité. Nous nous installons maintenant dans une petite voiture tout terrain ouverte (genre véhicule de green) et partons à la visite de cette île paradisiaque et complètement privée !

Il y a des plages de sables blancs protégées, des plages sauvages où viennent pondre les tortues, des singes, des perroquets, des centaines d’espèces de plantes (importées elles aussi, spécialement de Barbade). On commence la visite par la maison principale en arpentant des cloîtres voûtés à clair voie : réalisation de talent des compagnons charpentiers de France. Chaque détail est soigné, les sols composés de marbres italiens raffinés, les murs de pierres de parement de Carriacou, les toits recouverts de bois dense de Guyane… Le soleil en se couchant vient coiffer les toits pointus, on ne sait plus où l’on est !

Les moyens sont gigantesques, l’entreprise titanesque : des générateurs produisent l’électricité pour toute l’île y compris l’usine de production de béton installée provisoirement, des dessalinisateurs purifient l’eau, une cinquantaine d’hommes oeuvrent encore actuellement ( ils étaient 80 il y a peu, il y a un village pour les employés). C’est une vision moderne et tropicale d’un Versailles totalement indépendant, je n’ai jamais vu et encore moins imaginé une salle de bain si vaste et si luxueuse. Bref, une visite très intéressante qui passe des ateliers aux constructions en cours, et qui se finit autour d’une bière sur une terrasse sous laquelle les grottes grondent en se remplissant d’eau.

Moi j’ai le cerveau qui fume, quand Johan m’a parlé de ce qu’il faisait une semaine plus tôt (lui et son frère, les fils du propriétaire sont chargés de coordonner le projet) je lui demandais spontanément s’il avait du boulot… il m’en propose aujourd’hui ! (il faut voir le projet, ça demande réflexion : http://www.calivigny-island.com/

En attendant, nous sortons Goudrome de l’eau pour la troisième fois, à Carriacou où nous venons d’arriver après dix heures de près serré.



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jeudi 8 avril 2010

Grenada - St George bay

Vendredi 19 mars.

Le retour au mouillage du Marin est une navigation particulière, un peu comme une lutte.
Passée la pointe du diamant, la houle se lève et se couple au vent, qui comme le courant, porte à l’Est. Aller vers l’Ouest dans ces conditions n’est pas chose agréable, nous tirons des bords, pendant cinq heures appuyés au moteur pour se traîner à 3 nœuds!


C’est qu’on les aime nos amis restés au Marin et on ne pourrait pas partir sans les saluer.Dès l’arrivée, nous contactons Kayok via la V.H.F. et à notre grande surprise, c’est Valérie et Olivier qui répondent (ce que nous apprendrons plus tard c’est qu’ils nous parlaient depuis Kayok où ils passaient par hasard)

Nous retrouvons aussi Philippe de Khira, et de nouvelles têtes comme Giovanni (un italien qui a vécu une traversée difficile humainement, recueilli à tour de rôle depuis son arrivée par deux bateaux amis)
Le lendemain nous déjeunons en bonne compagnie sur « Ile de Ré » avant de partir pour une plongée bouteille sur le récif corallien de Sainte Luce.
Le groupe hétéroclite que nous formons crée des situations loufoques sous l’eau.
Alors que je tente de stabiliser les embardées que je fais de haut en bas, Olivier s’amuse à nous piquer les palmes, Louis me tombe dessus et vice versa, à mourir de rire !

Chaque jour l’océan nous amène de nouveau bateaux, avec les anecdotes de ses équipages.
C’est le cas de Guam (des amis de Mindelo : Thomas, le capitaine ; Basile, Elouan, deux suisses, et Rico qui avait quitté Khira pour apprendre l’accordéon) qui arrivé trop au Nord, contre courant et sans Gasoil, n’avait eu d’autre alternative que de contourner l’île avant d’être bloqués de nuit par un bout dans l’hélice qui les contraignait à mouiller à l’aveugle à quelques encablures du but.
Nous les retrouvons la nuit sur un coin de ponton où ils organisent la redistribution de l’équivalent de deux caddies de supermarché, butin récolté dans les poubelles de deux grandes enseignes. On commence à s’accommoder de leurs pratiques, un jour ce sont des kilos de thon en conserve, des dizaines de boîtes de thés, fruits, etc. Ce soir là, la thématique est plutôt fromage.
Une occasion saisie par Philippe qui organise un « dîner ponton » tartiflette par 30°. Soirée très agréable où se mêlent une fois de plus les styles et genres. J’adore la vie de marin rien que parce qu’on ne fait pas de manières.
Ainsi, un chef d’entreprise (accessoirement propriétaire d’un Hanse de 60 pieds, une barque de loisirs qui ne coûte pas moins de 700 000 euros) vient pousser la chansonnette avec des jeunes qui pratiquent le didjeridoo et l’accordéon.
Le clou du spectacle réside dans le fait que cet homme ne nous cache pas les dizaines de déboires rencontrés avec ce bateau neuf, il finit par nous avouer que les seules choses vraiment fiables à bord sont la machine à laver et le lave vaisselle provenant de chez Darty.

Pour boucler cette étape, la veille de notre départ, Léo est de retour. Louis l’emmène en annexe à notre bord. Il pose ses sacs « comme à la maison » et nous raconte ses aventures martiniquaises.
Une heure avant l’appareillage, l’équipage est au complet.
Basile qui avait passé la nuit avec nous embarque pour le Sud, même destination que Léo : le Venezuela.


Nous traversons le Canal de Sainte Lucie, un peu agité, et arrivons sous une demie lune à Rodney Bay.
En général, c’est magique de découvrir une île au petit matin mais là personne n’est conquis.
Une embarcation surprenante approche, sous un nombre incalculable de pavillons mélangés à d’énormes feuilles de cocotiers, on imagine une barque. De cette barque mise en mouvement par un bruyant mais pas très efficace engin , proviennent des sons de klaxon (genre Lambi). Un homme nous fait de grands signes, il nous tend un bout que nous attrapons volontiers au vu de sa cargaison : des fruits ! Après nos emplettes (corossol, mangues), nous hissons les voiles jusqu’au vieux fort, plus au nord dans la baie, Laurène nage jusqu’à terre pour se voir gentiment accompagnée jusqu’au rivage faute de ne pas s’être acquittée d’un montant correspondant à l’entrée dans la réserve.
Quelques heures plus tard, nous entrons à la voile entre les bateaux mouillés de part et d’autre de l’étroit chenal de Marigot Bay. L’endroit est merveilleux mais réservé à une certaine clientèle, j’avais presque oublié que nous étions en Amérique…
Un Zodiac de la marina arrive en trombe en pensant qu’on a un problème de moteur, il semble surpris de trouver chacun à son poste complètement détendu.
Pour notre part, nous ne sommes pas surpris d’apprendre que nous devrons mouiller au chausse pied entre deux gros voiliers et autres cailloux car tout l’espace est quadrillé de bouées payantes.

Nous approchons vraiment la terre de Sainte-Lucie par l’anse la Raye, pas un voilier à l’horizon. Voilà plus de 48 heures que nous n’avons pas vraiment marché, nous entrons dans un magnifique village de pêcheur.
Simple et authentique, les gens nous regardent comme des bêtes sauvages et nous leur rendons bien, il y a un fameux décalage entre le niveau de vie ici comparé à l’île voisine, nos arrêts précédents n’étaient que des façades.
Les contacts sont automatiques, comme partout les fous d’abord, puis les vendeurs de ganjas pour finir par des gens plus équilibrés qui nous indiquent où se trouve Basile, disparu dès les premiers pas ( Basile est un gars de la montagne, plutôt sauvage). La personne suivante qui marche à côté de nous, sans autre but à priori que d’entrer en communication est un blanc.
Il s’appelle Sylvain, un garçon de 27 ans en mission sur place pour rétablir l’eau potable dans le village.

Il travaille seul et embauche des locaux pour la restructuration de la station d’épuration plus haut dans la montagne.
Nous dînons ensemble dans un lolo puis il nous emmène vers son véhicule de fonction, un beau 4X4 qui nous conduit dans l’obscurité à travers des routes de montagnes vers une cascade.
A peine sorti du véhicule, nous plongeons dans l’univers magique de la forêt tropicale. La bande sonore est indescriptible tant ce monde est différent de la mer, les phrases des grenouilles se superposent à celles des grillons, au loin on distingue le bruit de l’écoulement de l’eau.
La magie est immense, des centaines de lucioles apparaissent furtivement, nous pénétrons dans la forêt par un petit sentier en contrebas, évidemment nous ne sommes pas équipés pour la sortie, nous n’avons pas plus de chaussures que de lumières.
L’expérience est savoureuse, chaque pas en claquette sur une feuille, une racine ou une pierre nous confirme la nature des éléments détectés par l’odorat. Mes mains deviennent des capteurs en trouvant des appuis sur la mousse sèche ou humide.
Nous traversons la rivière une première fois, croisons les gigantesques feuilles de bananiers, escaladons quelques roches et le ciel apparaît dégagé de toute la voûte végétale, il y a quelques étoiles, des petits nuages mais surtout la lune qui illumine la magnifique cascade.
Le bruit est infernal, l’eau ruisselle le long des roches, nous nous déshabillons et plongeons dans le premier bassin.

Nous ne nous attardons pas d’avantage à Sainte Lucie parce que nous sommes toujours sous pavillon jaune (en attente de formalités, la règle veut que l’on se déclare aux douanes et à l’immigration dès l’arrivée, des heures de paperasses et des horaires souvent contraignants pour l’entrée et la sortie).
L’escale suivante est Amiral Bay, au Sud Ouest de Bequia. Cette île est la première île des Grenadines (elle dépend de Saint Vincent que nous longeons de nuit).
Une fois de plus, le courant est contre nous. Déventés par le relief des deux pitons, nous dégustons quelques heures de quart bercés par la mécanique avant d’être secoués au prés serré dans le canal.
L’entrée dans la baie est sportive, nous tirons des bords avec deux ris dans la grand voile pour tenir de fortes rafales.
Une barque de rasta qui ressemble plus à un dragster nous approche pour nous indiquer une bouée (nous refusons). A défaut de construire des marinas, ces locaux vous proposent des corps-morts privés souvent médiocres ; des langoustes, lambis, glace, pain, etc. (ceci à un prix qui ne cessera d’augmenter tant que les clients américains paieront).
Imaginez une baie magnifique munie d’un parking Vinci, le quadrillage étant ici matérialisé par des bouées suffisamment proches pour rendre impossible le mouillage libre sans encombrer l’évitage.
En mouillant au mieux, on se retrouve à faire des compromis entre la longueur de chaîne pour l’évitage et la sécurité, je plonge donc systématiquement pour vérifier la bonne tenue du mouillage.
Pareil à terre, chaque bout de plage est grignoté par les restaurants et autres établissements où se prélassent des gens qui doivent à tout prix rentabiliser leurs courts séjours. Dans ce contexte, la qualité des échanges est limitée, « les vaches à lait » alimentent le commerce exclusivement aux riches, et donc aux blancs.

Nous décidons de nous plier aux règles de clearance pour poursuivre sereinement notre séjour dans les Tobago Cays, minuscules îles dépendantes des Grenadines, et assistons à un racket organisé ! En plus de la taxe pour chaque individu à bord, nous payons un supplément motivé par l’absence du propriétaire du bateau à bord ?
Cette journée est vraiment une invitation au départ, je branche mon P.C. sur le 110 volt d’un petit centre Internet et mon alimentation explose…

Dès l’aube, nous hissons les voiles et faisons cap Sud Ouest en laissant un chapelet d’îles sur bâbord. Notre destination sera atteinte à l’heure du déjeuner, Maho Bay est une crique entourée de coraux au Nord de Canouan. Nous ancrons très proche d’une magnifique plage déserte et d’un récif pour y faire du « snorkeling». Les fonds blancs se lisent jusqu’aux détails des ondes du sable, plus loin le corail éclate de couleurs.
Quelle réjouissance de plonger nu et de rejoindre une plage vierge sans autre trace de vie qu’une végétation luxuriante.
Ensuite nous longeons Canouan et atteignons Salt Whistle Bay sur l’île Mayreau, à quelques miles au Sud Ouest. Nous trouvons un magnifique refuge pour la nuit, nous slalomons à la voile malgré la proximité et le grand nombre de bateaux (avec trois équipiers performants, une légère brise comble Goudrome) jusqu’à trouver l’endroit idéal.
En général, nous ancrons assez près du rivage pour pouvoir s’y rendre facilement en annexe et en appliquant la même politique « sans moteur ».

Pour la navigation suivante visant les Tobago Cays, un logiciel de navigation ou une carte de détail aurait été très utile voire indispensable mais bon…
Heureusement, un précieux guide de navigation embarqué (grâce aux bons soins de Nicole, charmante tante de Laurène) nous sauve et nous éclaire sur les passes, les hauts fonds, les spots de plongée et nous comble pour toute une série d’informations indispensables.
Le passage à la voile est délicat entre Petit Rameau et Petit Bateau, on s’y reprend à plusieurs fois jusqu’à raser les moustaches de la ligne de mouillage d’un petit trimaran (sans chaîne, un bout en tension à peine visible à fleur d’eau a failli finir dans notre quille, nous avons 1,70m de tirant d’eau).
Nous achevons la manœuvre au moteur.
Ce premier avril a un goût de blague, on a un peu de mal à y croire mais Goudrome semble posé dans le vide tant l’eau est claire (position N12°38’11 W61°21’63). La carte postale que j’aimerais vous adresser à travers ces mots ne ressemble à aucune autre. La raison est simple, nous disposons de 360° d’horizons partagés entre cocotier, sable blanc, bleu azur et l’ensemble est parsemé de jolis bateaux.

Nous contournons ensuite le « horse shoe reef » pour aller à la rencontre de Petit Tabac, la plus au vent des Grenadines. Une île déserte et minuscule encerclée de corail, et là nous sommes seuls à contempler le «world’s end reef ».
Pendant que Laurène nous prépare des pommes de terre sautées à la graisse de canard, nos poumons jouent de la cornemuse entre 3 et 5 mètres de fonds.
Le spectacle des Tobago Cays est époustouflant mais c’est déjà vendredi, un autre spectacle nous attend …
Cela se passe à Clifton, un village à l’Ouest d’Union. Nous retrouvons après quelques jours d’isolement une île vivante, avec des bars, restaurants, et surtout le voilier La Loupiotte (www.voilierspectacle.com) qui nous avait déjà fait rêver en nous offrant un spectacle inspiré et poétique au Marin.
En fait nous avions manqué la première partie et la chance (bien aidée par la volonté de Basile qui est clown en plus d’être cordiste) a voulu que nos chemins se croisent de nouveau. Clifton est aussi en pleine effervescence car c’est la fin du carême, trois jours de fêtes consécutifs pour célébrer Pâques. Les hauts parleurs comme les percussionnistes envoient du lourd, du très lourd, le village décoré accueille des centaines d’arrivants de Kingston déversés par le vieux ferry « Barracouda ». Il semble disparaître sous un nuage de fumée de barbecue, les vans de transports Toyota et les énormes Jeep’s arborent des drapeaux et des chromes rutilants. Ils défilent en représentation, comme les gens, en continu le long de la plage.
Léo finit la soirées avec Mc Coy, une connaissance venue en barque de Salt Whistle Bay pour l’élection de Miss Caraïbe.

Ce petit village a plus d’un tour dans son sac, il possède un aéroport, et toutes les commodités comme Internet par exemple.En fait la combinaison des deux est assez inattendue : en discutant avec une canadienne installée sur l’île depuis onze ans (la propriétaire de l’Internet café) et son fils qui bricole des ordinateurs, j’en arrive à parler de mon petit souci d’alimentation.
La patronne se met à la recherche d’un objet qui avait été ramené pour un ami mais qui ne correspondait pas : une alimentation…impossible à retrouver.
Le problème c’est que le fils, disparu depuis quelques minutes est actuellement dans un avion au dessus de nos têtes et il est même le pilote puisque c’est son jouet !
En fait le fils fait des allers et venues inter îles avec son petit coucou presque par plaisir, son avion l’envoie en l’air avec un seul moteur de 180 chevaux !
Trois heures plus tard, le fils retrouve le fameux câble qui correspond parfaitement, mon ordinateur redémarre…

Union est vraiment le dernier endroit où j’aurais pensé trouver du matériel informatique. Sa situation est à l’image de toutes les petites îles des Antilles qui sont dépendantes (à tout point de vue, même les bases vitales : l’eau, les fruits, les légumes, etc.) Dans les Grenadines les légumes, les clopes, les bières sont des denrées vendues à l’unité et en quantité minuscules, les épiceries étalent les produits plutôt que les entasser, il n’y a rien.
Si, il y a des Rastas et de la Ganja partout, il y a aussi des bateaux cigarettes plus rapides que les vedettes de Police avec des moteurs de trois fois 750 chevaux, on se demande vraiment ce qu’ils déclarent…

Nous on a décidé d’être dans les clous point de vue paperasse, on se fait donc arnaquer (avec le sourire)pour la clearance de sortie. Cette fois on paie parce que c’est férié ! Mais nous ne sommes pas seuls à poireauter dans les bureaux de l’immigration à l’aéroport, des Vénézueliens que nous interrogeons nous tiennent un discours à décoiffer un moine sur la violence et la sécurité dans leur pays. Gloups, un bon conseil en tous cas : « il y a tellement de choses merveilleuses à découvrir dans le monde qu’il est inutile d’aller risquer sa vie au Vénézuela actuellement ». Bon, le Bélize et le Costa Rica c’est sympa, non ?

Après une dernière navigation via Cariacou et « Les Tantes », nous ancrons à Grenada.

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samedi 3 avril 2010

Union - Cliffton bay

Union - Cliffton Bay - La ville en fete pour la fin du careme
Bequia - Amiral bay (cherchez Goudrome!)
Union - Cliffton Bay - Vue de notre mouillage
Bequia - Amiral Bay
Sainte Lucie - passage des deux pitons avec Basile et Leo (et la biere du meme nom)
Sainte Lucie - Anse la Raye

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mardi 30 mars 2010

Bequia - Amiral Bay

Bonjour a tous,

Nous continuons notre vie de Robinsons aux Grenadines ( nous sommes de plus en plus sauvages puisque la technologie nous abandonne : finis les bons services de nos deux ordinateurs, le dernier, celui de Xavier a eu un probleme de coeur... nous esperons pouvoir l'operer rapidement. Finis aussi les acces internet abordables et frequents sur ces iles, ils sont plus rares que les poissons)

Nous evoluons d'iles en iles, direction Grenada et plus si affinites. (Trinidad, Tobago, Venezuela...) et ignorons le compte a rebours qui sonne le retour. Jean-Rene ne sait plus que faire de nos hesitations.

Vous comprendrez que sans ordi, il sera complique de vous raconter et d'illustrer aussi frequemment nos aventures, mais sachez qu'on bosse dur pour les vivre intensement.

En attendant, voici de quoi rassurer nos mamans, nous mangeons bien:
http://madeincambuse.blogspot.com

a tres bientot
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samedi 20 mars 2010

Pani pwoblem en Martinique

Au mouillage de Sainte Anne




Cap Ferré
L'anse Blanche
Près des jardins de Balata
L'anse Noire
En haut du Mont Pelé

Le Marin est l’endroit idéal pour bricoler, après de longues retrouvailles arrosées, nous reprenons entretien et réparations diverses.
Le moteur est rapidement réamorcé, le spi réparé, tous les organes mécaniques nettoyés et graissés.
Mon père (qui nous rend visite pour dix jours) sera rapidement mis à l’épreuve, notamment pour le démontage de l’étai. L’étai est le câble avant de maintien du mat autour duquel est passé le système d’enrouleur du génois.



Une fois désolidarisée de l’ensemble et nettoyée, j’emmène la pièce qui pose problème chez Daniel (un soudeur qui avait ressoudé une coque endommagée quelques jours plus tôt), je trouve un type charmant dans la seule habitation après le cimetière, il m’invite à m’asseoir et observe avec beaucoup d’intérêt ce que je décroche de mon porte-bagages.
Nous bavardons longuement de ses différents métiers depuis la fin de ses activités d’entretien pour le compte des sociétés de charter basées au Marin.
Les sujets passent de l’histoire à la politique sans oublier la famille, les langues se délient d’avantage encore quand je revendique ma nationalité.

Sa femme est fleuriste, lui transporteur de produits du bâtiment dans les coins reculés à l’aide d’engins tout terrain, mais aussi éleveur (il y a des poules et des chevreaux que nous attrapons par les pattes pour les repasser à travers des barreaux définitivement peu adaptés à leurs gabarits). Daniel produit aussi du charbon de bois dans un four de sa facture.
Le soleil est rouge quand Daniel m’apprend qu’il ne soude pas l’inox, c’est son neveu Gilles qui vit à Rivière Pilote qui accepte le boulot par téléphone.

Le lendemain midi la pièce est prête, Gilles m’accompagne pour visiter Goudrome et j’en profite pour lui présenter toutes les personnes susceptibles de lui offrir du travail, la sauce à l’air de prendre, il reviendra le lendemain avec ses outils pour quelques petites soudures, et pour déposer des devis chez ses futurs clients.
L’étai est sur le ponton, la situation est idéale pour vérifier chaque détail (l’usure, les rivets d’assemblage) ; cinq personnes et beaucoup de matières grises seront nécessaires pour replacer ce fragile ensemble reliant l’étrave à la tête de mat.
Mission accomplie, malgré le grand âge du roulement, la voile d’avant s’enroule à nouveau parfaitement.

Mon père s’acclimate doucement, il commence aussi à prendre des repères à bord : voici un extrait d’e-mail relatant ses premières impressions :

-« Depuis 3 jours je me soustrais aux rayons d'un soleil cuisant...
J'ai les mains, avant-bras, crâne, nuque et pif rouge vif! Brûlures...
Nous avions été nous baigner samedi sur l'îlet Chevalier. Endroit paradisiaque et réserve naturelle. Baignades répétées. On n'a même pas besoin de se sécher avec une serviette.
Le lendemain, départ à 07 H pour rebaignade dans une anse déserte
Je n'avais pas pris de mesures préventives avant la première soirée me disant que je n'avais jamais eu de vrai problème de cuisson même en planche.
Ici, il me faut éviter de sortir après 11 H jusqu'à 16 H.
Xavier m'a refilé un pantalon africain long et ultra léger et je porte casquette voire large chapeau de paille, outre une chemise à longues manches.
Paraît que je devrais même garder la chemise pour me baigner...!
Quant à mon crâne, il accuse un découvert vulnérable et des contusions multiples survenues lors de mes passages sous la casquette (celle du bateau!).Je fais du vélo dans la marina pour admirer tous ces beaux et grands bateaux. Beaucoup de Cata à usage de charter sur lesquels embarquent par compagnie des marins d'eau douce blancs comme des navets.
Leur aspect va aussi changer très vite...
…/…
Il faut réparer l'enrouleur de voile avant.
Hier Xavier est monté au faîte du mat pour déposer l'étai et le fourreau du foc.
Nous l'avons aidé à déposer les 12 m de l'enrouleur de génois... pas simple et résultat non garanti car il faudra le hisser et remettre en place après soudure.
Tout cela par 32 ° et en plein soleil.
Hier soir il faisait 34 ° dans le carré (cabine).
Goudrome ne cache pas son âge mais est spacieux et a beaucoup de charme. (…)
Laurène a longuement briqué le plancher d'accès. Xavier a démonté et entretenu les winchs. Ils ont toujours à faire en entretien. »

Bienvenu dans le monde de la plaisance, après avoir goûté à la température de l’eau et s’être fait doré sur le vélo (ou en accompagnant Louis dans la réalisation d’une solide échelle de pont), nous appareillons tout en douceur pour une semaine de découvertes Martiniquaises.
Une série de mouillages ou escales (Sainte-Anne, le rocher du Diamant, les Anses d’Arlets) lui rafraîchissent la mémoire sur les joies de la navigation : le silence du vent dans les voiles, l’observation du ciel la nuit.

A travers le verre des masques qui se transforment en lentilles de microscope, nous observons les nombreux habitants du récif corallien.
Quelques mètres d’eau suffisent pour apprécier en apesanteur l’immense diversité des fonds, éponges vases oranges et tubulaires jaunes, minéraux qui seraient à eux seuls l’inspiration d’une vie d’artisan potier. C’est aussi un grand potager, il y a d’énormes Gorgones éventail qui seraient des feuilles de choux verts géants animés par le léger ressac sous marin, un décor à très grande échelle tantôt verdoyant comme une pelouse sauvage, tantôt structuré de pierre posées pour générer des labyrinthes où se cachent les centaines d’espèces de poisson colorés dont les noms évoquent la curiosité : « Sergent Major », « Chirurgiens », « Cardinal Marignan », « Soleil Juif » (poisson rouge aux yeux énormes, délicieux !).

Evidemment cette magnifique nature s’organise pour compliquer la tâche des chasseurs que nous sommes. Nos règles improvisées sont simples, une flèche tirée chacun par plongée (nous sommes équipés du fusil sous marin de Jean-René super difficile à réarmer).
Mon père qui s’organise pour pouvoir respirer sous l’eau provoque des crises de rires, le masque plein de buée, il se débat comme s’il était déjà en noyade au moment de passer le tuba dans la lanière du masque.
Lors de la première approche, il me prouve qu’il n’a pas perdu la main, il tire un poisson trompette (poisson allongé et très plat dont la bouche serait le seul point commun avec l’éléphant), pour ma part je reste bon dernier en manquant ma cible.
Par contre je me précipite dans la préparation d’une marinade dont la base est le pamplemousse, auquel j’ajoute piments et miel, le repas est léger et nous apprend que ce poisson est bourré d’arrêtes fibreuses (comestibles).

Le cap est ensuite mis sur Saint-Pierre, une charmante petite ville dominée par un étonnant relief. Elle est appelée « le petit Paris des Antilles » en mémoire de ce qu’elle fût par le passé, un grand centre culturel et économique. Ceci avant l’incroyable et dévastatrice éruption du volcan de la montagne Pelée en 1902 qui lui valu la disparition des cartes pour plus de vingt ans.
L’histoire cette fois nous sera racontée par le fils d’Emilie, trouvé dans les rayons de sa petite boutique de souvenir, rue Victor Hugo. Le garçon d’une quarantaine d’année est artiste peintre et aide accessoirement sa mère, qui accuse un certain âge mais dont les talents de vendeuse ne sont plus à faire.
Derrière le comptoir, dans la bouche du passionné et dans les livres qu’il collectionne, on trouve un tas d’anecdotes qu’il illustre en tournant les pages. Destin touchant, pèlerinage poignant, le guide nous prend par la main et nous ouvre les yeux sur une sombre réalité.
Trois siècles de construction, un théâtre, des consulats aux jardins botaniques en passant par le millier d’habitation, soufflés en un instant, les corps photographiés figés en disant long sur la surprise.
Aujourd’hui Saint Pierre, toujours en reconstruction, a conservé une odeur, une poésie unique. La circulation se fait du Nord au Sud et en sens unique le long de la rade, du marché en ossature métallique à la magnifique maison communale reconstruite. Dans la rue parallèle on circule dans le sens opposé, on y trouve des maisons antillaises colorées et en bois, des vestiges et autres riches bâtiments de pierres aux jolies persiennes, aux balcons de fers forgés autour de la cathédrale et devant de magnifiques jardins.
Pour nous navigateurs, le mouillage est rendu délicat par la dizaines d’épaves gisant par des fonds qui passent très vite de 25 à 5 mètres, on est loin des plages cartes postales mais ce sera l’escale verte, nous débarquerons aussi pour une randonnée ambitieuse : l’ascension du plus haut sommet de la Martinique (1300m).

Philippe (de Kirha) nous rejoint pour l’occasion, on se lève à l’aube pour avoir une chance d’échapper au soleil sur les flancs très exposés de la montagne mais c’est un raté, c’est à croire qu’on ne sait déjà plus ce que signifie « être pressé ». Nous trouverons malgré tout un transport assez facilement en interrogeant un homme (plusieurs choses nous laissaient penser que ce serait un calvaire : pas de transport le dimanche doublé du premier tour des élections régionales).
Pas de souci, Maurice nous charge dans son Pick-up et nous emmène gentiment à une dizaine de kilomètres en passant par les petites routes en forêt tropicale où pour le grand plaisir de Laurène invitée dans la cabine, il fait le descriptif détaillé de ses activités d’agriculteur.
C’est que, nous ne l’apprendrons que plus tard, il a fait tout un détour pour montrer son exploitation à Laurène, pas moins passionnée par ses élevages que par ses cultures écologiques de fruits et légumes.
Le parcours est très escarpé (nos muscles s’en souviendront), mais le résultat vaut vraiment la chandelle. Nous pique-niquons dans le ciel avec pour dessert une vue imprenable sur la côte Atlantique et la Mer des Caraïbes.

Ce petit périple nous conduit aussi aux quatre coins de la table Créole, les dégustations de Rhums sous toutes les coutures se poursuit (les Trois Rivières, « redresse zizi et clicli », punch et autres rhum vieux classiques sont oubliés pour faire place aux stars locales : des maisons sérieuses produisant du blanc agricole pour la composition du Ti punch parfait.
Cet alcool est une drogue dure, on observe ses ravages depuis le Cap Vert, je n’y trempe les lèvres qu’après le coucher de soleil et alterne avec la bière locale « la Lorraine » (c’est drôle, mes deux garde-fou portent le même nom !).

Côté cuisine, cela commence dans la rue. En France métropolitaine on a des poulets à chaque carrefour, ici ce sont des poulets boucanés à chaque rond-point.
Autre constat concernant ces volailles, depuis notre arrivée en Martinique, pas un levé du jour n’a été vécu en silence, il y a des coqs partout. On les entend au port, au mouillage, en ville, à la campagne. La vielle tradition des combats est toujours un loisir apprécié, il y a même des versions mangouste contre serpent.
Il y a aussi les épices qui collent à la peau, je commence à transpirer le colombo.
La premier modèle de ce plat nous a été concocté par Jean-Michel, j’ai tellement apprécié que j’ai eu du mal à laisser les os (la peau, les nerfs avaient disparus), depuis on a dégusté la variante poisson et cabri, même résultat !
Autre ingrédient qui pourrait rivaliser avec l’appétit (qui est ce que l’on a de meilleur pour honorer un plat) : le piment.
Le souvenir de la douleur est un fantôme quand on parle des sauces pimentées qui sont absorbées avec la grande variété de délicieux accras, mes préférés restent les simples accras de morue.
On découvre aussi un tas de préparations à base de coco, gingembre, fruits. Que dire des fricassés de « chatrou » (poulpe) et des langoustes grillées…
Laurène s’est rapidement imprégnée de tout cela et nous retrouvons par magie dans notre assiette tous les ingrédients du marché. Sa dernière création se composait de la banane plantain associée aux ignames (marinés au coco et anis étoilé), et à une fricassée de crevettes aux oignons verts et gingembre. Aussi beau que bon !

La dernière navigation pour mon père approche, nous devons rallier la baie de Fort-de-France pour y trouver le lendemain un « taxi-co » qui le déposera à l’aéroport du Lamentin.
Cette navigation sera comme un cadeau des Antilles, à moins de deux miles des côtes, des centaines de dauphins jaillissent des deux bords dans une théâtralité que même son appareil photo n’a pu capturer. Dans la distraction, je perds ma vigilance, de sorte que le grain qui suit la récréation crée une seconde surprise, moins agréable !
Nous approchons à la voile et en silence l’Anse Mitan, sous les étoiles et par un souffle de brise. C’est « l’amiral papa » qui tient la barre et le cap alors que Laurène observe les bouées de la proue.


Pour boucler ce petit chapelet de mouillages forains en Martinique, Laurène et moi choisissons la petite anse Dufour. Goudrome flotte par 5 mètres de fonds blanc.
Cette anse offre une bonne protection, on y trouve pas plus de maison que de yoles de pêche, c’est simplement paradisiaque. On se réjoui d’être le seul voilier, ils sont tous dans la baie voisine (l’anse noire, qui illustre un phénomène géologique singulier : deux plages de sables aux coloris opposés séparées par une simple langue rocheuse).
Nous rencontrons quelques pêcheurs chez « Marie-jo » et participons aux débats sur les régionales, la télé locale présente les trois candidats pour le deuxième tour, c’est un peu comme la coupe du monde de football !
Narcisse et son cousin nous racontent aussi les techniques de pêche dans la région, l’une d’entre elles est ancestrale, « la senne ». Elle consiste à envoyer un gigantesque filet sur la largeur de la baie…
Nous les quittons rapidement en comprenant que les pêcheurs se donnent rendez vous avant l’aube le lendemain. Cela ne manque pas, vers cinq heures, un pêcheur sonne le Lambi (un énorme coquillage, très bon en brochette) en guise de trompette.
Narcisse nous avait mimé la petite mélodie du lambi et se proposait de nous éveiller avant le coup de clairon mais nous avions choisi de manœuvrer au lever du jour.
Je suis physiquement sur le pont en quelques secondes grâce au capot de la cabine avant par lequel je bondis et observe la scène sans rien y comprendre…
Les coqs chantent dans la montagne, deux yoles viennent du large, quelques personnes sont rassemblées sur la plage mais il ne se passe rien.
La senne nécessite un nombre suffisant de participants, je suis aux premières loges mais le spectacle est reporté.

Voilà, nos premiers pas aux Antilles, ces îles qu’on a appris à désirer.
La Martinique est comme un jardin vivant et merveilleux, le soleil et l’alizé composent un climat tropical qui habille les flancs de ses terres volcaniques.
Ce département est un pays, son cahier regorge d’histoire, les difficultés politiques et économiques se décodent au quotidien. On ne peut pas oublier ce que la nature humaine a instauré sur ces terres.

Nous sommes de retour au mouillage du Marin pour quelques bricoles et quelques jours. Notre prochain cap : les Grenadines…


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lundi 8 mars 2010

Histoires de ponton

Voilà 10 jours que nous foulons les pontons du Marin, en Martinique. Nous redécouvrons la vie sur terre, ses odeurs et la variété de ses couleurs. D’une villa isolée sur le dos d’un immense océan, Goudrome se retrouve comme une cellule japonaise où l’on se faufile en rampant pour y trouver refuge. Le Cul de Sac du Marin est en effet à l’image d’un H.L.M., la nature humaine y refait surface dans sa plus grande diversité.

Si nous avons élu domicile a cet endroit plus peuplé que la moyenne, c’est parce que notre voyage est un herbier dans lequel nous rassemblons des personnages en guise de paysage. Pour reprendre une expression de Léo (qui nous quitte ce matin pour reprendre le sentier de son aventure), la vie ici ressemble un peu à la récréation d’une rentrée des classes où chaque enfant arbore son jouet favori et raconte ses vacances.

Nos « vacances » sont en fait un congé d’une vingtaine de jours que nous prenons vis-à-vis des copains d’escale. Nous avions évidemment imaginé une traversée possible en compagnie d’un ou plusieurs voiliers amis mais cette expérience nous prouve le contraire.

Kirha, avec à son bord Philippe, Thomas et Henrick nous aura inquiété…
Disparus dès le départ dans le détroit de Sao Vicente, nous les imaginions loin devant et poursuivions des appels VHF quotidiens. Ils sont bien arrivés, en bonne santé mais six jours après nous !
Deux facteurs expliquent ce « retard » : le premier est la déchirure du génois léger, le second est la route que Philippe a finalement préférée plus Nord. En prenant à l’Ouest alors que nous filions encore du Sud-Ouest, kirha a subi pendant 24 heures la dévente liée au relief de l’île se Sao Antao. Le moteur n’annule pas ce petit décalage qui s’accentue lors des pétoles, les derniers jours sont pénibles pour l’équipage qui se trouve sans vent ou autre carburant à une centaine de miles des côtes. Heureusement, leur balise spot nous indique la lente progression et nous finissons quand même (toujours grâce à cette merveille de technologie) par les localiser puis les retrouver de nuit au mouillage. Les retrouvailles chaleureuses ont un goût de rhum, et accessoirement de cacahuète.

Pour Kayok c’est une toute autre histoire (Louis et Roselyne me corrigent sur la précision des faits). L’Ovni quitte le ponton du Fuel par un Nord-Est bien établi, ceci 36 heures avant notre départ. Quelques heures plus tard, nous avons un contact radio, ils ont bien réduit la voilure et foncent à plus de 7 nœuds.
La nuit tombe sur cette information qui sera la dernière qui concerne l’équipage avant la Martinique. A notre grande surprise, Kayok ne figure pas sur la liste des nombreux arrivés au Marin !
Les nouvelles nous viennent de France, et par le fils de Maurice qui nous écrit son inquiétude en esquissant brièvement un sombre tableau.

Ce courrier alarmant date du 08 février, nous y répondons dès l’arrivée, le 24 février.Nous contactons de suite les connaissances de Mindelo pour en savoir plus mais cette fois les nouvelles arriveront de la mer !

Le lendemain soir « Epicure » (Claude, Damien et Sylvie, nos voisin de mouillage de Mindelo arrivés sans moteur quelques jours avant nous) nous informent de l’arrivée de Kayok au ponton 4. Je fonce sans toucher la selle du vélo jusqu’au bout du ponton voisin où je trouve Roselyne et Louis en route vers Goudrome.
Sous un épais bronzage, je discerne des sentiments contradictoires. Entre la joie et la tristesse, une fatigue lourde échappe des yeux de Roselyne que je serre fort dans les bras faute de mots. Je n’ose pas ouvrir la bouche, visiblement pas de Maurice à bord.

A travers l’histoire vécue par Roselyne et Louis, la transatlantique prend une autre dimension. Partir pour une longue durée, seul loin des terres rassurantes ; l’aventure n’est pas de défier les éléments mais bien de se prémunir contre toute éventualité. Ce qu’ils ont vécu à bord de Kayok est un cauchemar, il n’y a pas d’autre mot. A 900 miles des côtes, Maurice a commencé à vomir du sang (pas moins d’une demi bassine à chaque fois) avant d’en perdre autant par voie basse sans aucun contrôle.

Roselyne a été infirmière pendant de longues années avant de devenir directrice d’hôpital, cette expérience couplée à l’Iridium (téléphone par satellite) embarqué lui a permis de maintenir la tête hors de l’eau dans une situation dramatique.
C’est à force de courage et sang froid qu’ils ont réussi à sauver le bon Maurice embarqué pour sa sixième transat.
En appelant les secours, faute de moyens suffisant pour faire face, ils sont mis en relation avec le SAMU de Toulouse par le C.R.O.S.S. (Centres régionaux de surveillance et de sauvetage ; destinataires des alertes, ils sont responsables du choix et de la direction des moyens mis en oeuvre).
La particularité du sauvetage est de trouver la solution la plus rationnelle dans ce cas de figure. Un cargo est localisé dans les parages et pourrait délivrer du sérum à perfuser mais les conditions de mer ajoutent des difficultés et Maurice a perdu tant de sang qu’il est en collapsus.
L’océan est découpé en zones et chaque zone est prise en charge par le C.R.O.S.S. pour la zone, dans un premier temps il reçoivent des appels des autorités américaines, puis c’est le C.R.O.S.S Antilles Guyane qui prend le relais.

Le préfet de Brest ordonne la mise en place de l’évacuation de Maurice. C’est un bâtiment océanographique localisé sur les côtes de Mauritanie qui met le cap sur Mindelo pour embarquer deux litres de sang et un médecin en provenance de Dakar.

Dans un premier temps Louis ne peut pas faire demi-tour, l’état de la mer et de Maurice ne le permettent pas, il freine donc sa progression vers l’ouest.
Deux jours plus tard, la manœuvre est possible, Kayok change de cap pour l’est et s’appuie du moteur pour tenir une allure contre vent et courant. Trois longues journées seront nécessaires pour matérialiser la rencontre.

Depuis l’alerte, le C.R.O.S.S appelle toutes les trois heures, de jour comme de nuit !Le médecin et Roselyne se comprennent évidemment sur les soins à apporter au patient, mais il sent aussi que le couple faiblit.Cinq jours sans dormir, avec peu ou pas d’appétit, le moral pas vraiment au top. Les inquiétudes des secours portent aussi sur l’équipage : ses repas et autres activités du quotidien.

La manœuvre de l’évacuation est prête de part et d’autre, tandis que Louis amarre l’annexe de l’unité faisant route parallèle à quelques dizaines de mètres, des militaires très organisés embarquent sur Kayok avec une civière. L’un d’entre eux débraye le pilote automatique et prend la barre (les autorités maritimes avaient aussi prévu le convoyage du bateau et ses deux équipiers jusqu’à la Martinique)
, il y a aussi deux militaires plongeurs qui sont équipés pour parer le moindre souci.Le médecin décide d’emmener Maurice puisque les mouvements à bord ne lui permettent pas de procéder à la transfusion. Finalement le couple, après un rapide examen médical et un léger avitaillement (eau, gas-oil, sandwich) peut poursuivre sa navigation.

Maurice est rapidement transfusé, il est dans de bonnes mains. Kayok, en virant de nouveau reprend les alizés en silence. Le patient est débarqué et pris en charge pour une semaine par le fils du consul sur l’île de Praïa au Cap-Vert avant d’être accompagné sur un vol pour Paris.
Tout est rentré dans l’ordre, Maurice va mieux et cette histoire doit nous servir de leçon ! D’une part Kayok était prêt et s’était donné les moyens de régler l’urgence (un Iridium n’est pas un outil farfelu), sans les connaissances médicales de Roselyne la situation eut été très aléatoire…
Louis, comme Roselyne, insistent sur la compétence et l’efficacité des équipes du SAMU de Toulouse, des C.R.O.S.S., et de la marine nationale.

D’autres encore ont rencontré des difficultés : Valérie et« Antinéa »; après plus de cinq jours au près a failli perdre son mat, la raison est que son Hunter (voilier américain) a été mal gréé à son arrivée en pièce en Europe. Des bouts, sangles et une bonne dose de précautions à heureusement permis à l’équipage de rallier le Marin malgré un support du mat fendu !

Le voilier de Jean-Michel « Yan Maïco »est arrivé lui aussi au Marin, mais en marche arrière à cause d’un inverseur bloqué. Rien de grave pour l’équipage qui avait prévu de prendre du bon temps, leur seul moyen de produire de l’électricité étant le moteur, ils ont simplement fait une soixantaine d’heures en marche arrière.

Voici un échantillon des ingrédients qui composent nos punch du soir, la traversée. Elle est tellement personnelle ou exceptionnelle pour chacun d’entre nous qu’on ne lasse pas d’en parler. Pas d’inquiétude, cette douce communauté reste tournée vers le large, le spi est réparé et la réparation de l’enrouleur est à l’étude. Goudrome sent le départ !



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