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mercredi 3 février 2010

bye bye sodade, bonjour merengue






























Bonjour à tous,

Nous voilà revenus de Santo Antao, l'île voisine de Sao Vicente. Une belle balade à l'arrière d'un pick-up rouge flamboyant dans les montagnes verdoyantes, une pêche presque miraculeuse (en tous cas, comestible) et surtout quelques bons petits déjeuners à 10 sur Goudrome.
Le retour au mouillage de Mindelo a comme un air de retour à la maison.
Nous y retournions pour un avitaillement en produits frais, en eau (nous trouvons de l’eau au port de pêche, dit « port japonais » où nous remplissons nos bouteilles de 5 litres contre 5 escudos cap-verdien), et manger une dernière cachupa avant de souhaiter une bonne navigation à Louis, Roselyne et Maurice qui partaient sur Kayok dans l'après midi.
Léo, (un jeune étudiant qui a achevé sa licence en philosophie) est à bord de Goudrome depuis quelques jours, il décide de quitter Khira pour nous accompagner. Nous l'accueillons avec bonheur, tant il est agréable à vivre et a soif de poursuivre son apprentissage de la voile.

Nous avons aussi eu la surprise de retrouver à la marina Tessa et François, les équipiers canadiens de Las Palmas qui devaient partir pour la Martinique mais leur bateau a rencontré des vents contraires et une mer difficile, les forçant à mettre le cap vers Mindelo pour s'abriter. Les personnes qui les embarquaient ont fini par s’en séparer car ils souhaitent rester un long moment ici. Du coup je vous laisse deviner la suite...

Nous voilà 5 à bord !

Enfin la transat, le vrai large et sa grande houle…
Pour fêter ce départ, j’ai acheté un thon de six kilos que nous espérons griller sur la plage de Tarafal (dernier bout de terre sur Santo Antao) au coucher de soleil !

Nous appareillons donc ce soir vers la Martinique, le point de ralliement d'à peu près tous les bateaux que nous avons rencontrés depuis Las Palmas. Nous vous donnerons des nouvelles d'ici 20... 25 jours ??

à bientôt

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vendredi 29 janvier 2010

Rien de nouveau sous le soleil
















Le Rara Avis et Bel Espoir, la flotte du père Michel Jaouenn

"Capitaine Joël, apprennez à ce moussaillon à prendre correctement un amer"



Louis, Léo, Phillipe, Laurène


Mindelo nous apparaît, ou plutôt se laisse entendre depuis le mouillage… Xavier a du mal à rester en place, c’est que ça a l’air d’être la fête à terre. Il est minuit, nous venons à peine de poser l’ancre ; comme souvent je suis la voix de la raison, et préfère profiter d’une bonne nuit de sommeil avant de partir à la découverte de la ville.



Les échanges VHF en mer avec le Bel Espoir et le Rara Avis se matérialisent dès le lendemain :
Joël, le capitaine du Rara Avis nous convie à une petite visite de cette mythique goélette à trois mats de 30 mètres, construite en 1957, et nous faisons connaissance avec les 35 passagers à bord autour d’un dîner bien à l’image de leur communauté : le menu est simple et excellent (soupe de ratatouille en entrée, et cakes au thon préparé par la benjamine à bord, Vanille, 10 ans). Nous découvrons les motivations de chacun, l’équipage est composé de jeunes équipiers d’une part, et d’invités qui sont appelés stagiaires ; maman en vadrouille avec sa fille, septagenaires suisses tirés à quatre épingles en croisière, passionnés de voile, ou simples novices appelés par le grand large.

C’est une mixité incroyable, avec aussi et surtout beaucoup de jeunes de notre âge, des musiciens, bref plutôt des artistes en général. Le premier soir en leur compagnie nous conduit au Clube Nautico où les fêtards peuvent à nouveau trinquer. Il faut dire que Rara Avis est au même titre que Goudrome, un bateau sec !

Finalement ce ne sont pas les jeunes qui revendiquent liberté et tolérance qui sont les plus adaptables, mais bien nos seniors qui suivront jusqu’à tard dans la nuit, chantonnant Bob Marley à la guitare, accompagnés de fumeurs de ganja Cap Verdiens.

Le voyage est ainsi fait de surprenantes rencontres. Le Clube Nautico est un repère de voileux tour du mondistes qui ne manquent pas de nous ouvrir les yeux sur les possibilités de notre maison flottante. Xavier ne sait plus où mettre le cap, il veut mettre les voiles vers des contrées dont il n’avait jamais entendu parler avant de prendre son café avec un navigateur suisse. Ses yeux brillent à l’idée de passer le détroit de Magellan, et les canaux de Patagonie, ou de remonter le Mississipi jusqu’aux grands lacs…

Le Rara Avis finit lui aussi par mettre les voiles, ayant pris du retard dans son programme, malheureusement nous n’arriverons pas l’heure pour leur faire un dernier au revoir, et le regretterons beaucoup.
Heureusement, c’est la fête de la Saint Vincent, de plus le carnaval est proche et les répétitions se multiplient, les rues sont animées, le son de la batucada omniprésent et l’arrivée de Kayok et Khira ne devrait plus tarder. L’un est à Sal, l’autre à Sao Nicolau.

Nous verrons arriver ces derniers le lendemain. C’est toujours une joie de revoir ces têtes connues, Phil, Rico, Henrick et Léo, tous les quatre ramant vers nous dans leur petit dinghie et nous découvrons un nouvel équipier : Malik, un sénégalais de Sao Nicolau venu retrouver ses « frères et sœurs » de la communauté sénégalaise établie ici. Il a fait ses premiers essais à la voile, partagé entre la surprise de vomir tous ses repas, et l’amour naissant de ce mode de transport.
Et c’est reparti pour fêter les retrouvailles !

Il a bien fallut aussi célébrer mes 27 ans, en bonne et due forme s’il vous plait !
Dès le matin, j’ai eu le privilège de déguster un petit déjeuner de princesse, avec une fleur d’hibiscus dans mon jus de pamplemousse et deux très beaux dessins de Léa et Simon, les neveux de Xavier, arrivés comme par magie à bord du bateau.
Cette même journée nous sommes sortis quelques heures sur Goudrome en compagnie de Phil, Louis et Léo pour faire des manœuvres d’homme à la mer, avec un pare battage dans le rôle de la victime, et réussir une très belle sortie puis entrée entièrement à la voile. Peut-être aussi un prétexte pour m’éloigner des préparatifs…
Lorsque nous sommes revenus à notre place initiale, une fois assurés que l’ancre avait bien pris, c’est un flux tendu d’allers et venues en annexe qui a amené à bord tous les invités. Vingt au total, repartis méthodiquement entre le carré et le cockpit par un Xavier surexcité et comme à son habitude, endossant son rôle d’hôte parfait.
Chacun avait préparé une spécialité ; Roselyne une tarte au thon, Henrick un gâteau au chocolat, Bruno des acras, Suzanna et Néné chantonnaient des airs Cap Verdiens, mais Malik a mis la barre particulièrement haute en confectionnant un alphabet de beignets de bananes délivrant un message d’anniversaire dont je me souviendrais longtemps.
La veille il nous avait convié à une fête sénégalaise, où nous avions mangé assis par terre et avec les doigts du poulet très très pimenté et avions inventé d’improbables chorégraphies sur Youssou n’ dour. Malik lui-même ne résistant pas à la musique, courrait danser sans prendre le temps de finir son repas et en emportant sa cuisse de poulet sur la piste.

Merci aussi pour tous vos messages qui me vont droit au coeur... C'est bon d'avoir de vos nouvelles lorsque je me sens loin de vous.

Chaque midi, avec tout ce beau groupe, nous allons à la chasse aux repas toujours nouveaux et parfumés. La spécialité Cap Verdienne est la cachupa. Différente selon les heures de la journée, elle se mange aussi bien au petit déjeuner qu’au dîner, se compose de différentes fèves de haricots, d’un œuf frit, de viande en sauce ou de poisson grillé et a un prix défiant toute concurrence : 250 escudos, soit 2,50 euros.
Nous allons aussi régulièrement chez Awa, à la Praça Estrella, qui tient une cantine sénégalaise en plein air, et qui nous régale de Thieboudienne ou de Maffé, avec du jus de bissap pour calmer le piment.
Aujourd’hui même c’est Fred, un Cap Verdien, qui nous faisait découvrir un ragoût Brésilien dans un boui-boui qui n’a pas du recevoir de contrôle d’hygiène depuis longtemps… ou peut-être jamais !

Il faut voir Roselyne, Louis et Maurice s’accommodant de tous ces programmes téméraires, entourés des fameux boat people et des locaux !

Nous avons loué des scooters avec ses derniers pour s’offrir un aperçu de l’île. On pourrait dire que c’est le moyen de transport idéal pour parcourir les quelques 15 km mais les routes sont faites de milliers de pierres qui sont un véritable supplice pour le derrière du passager arrière (en l’occurrence, à 90% du temps, moi) et chaque fois que mes yeux se sont posés sur la route, j’ai aussi pensé au labeur des pauvres gens qui les ont posées. La curiosité nous a emmené jusqu’à Baia Dos Gatas, et celle de Xavier et Louis les a poussé à aller regarder le fruit de la pêche des locaux qui se trouvait à bord de leur embarcation. Ils sont revenus touts fiers, aussi fiers que s’ils les avaient pêchés eux même, avec deux grosses langoustes et une petite (déclinées en soupe de têtes pressées, cuites à la poêle avec du beurre persillé, puis re-soupe).
Le cœur de l’île est splendide, les abords du Monte Verde sont verdoyants, on y trouve des palmeraies et des serres qui abritent toutes sortes de légumes, à l’opposé des villages de pêcheurs balayés par le vent et le sable du sahara.

Enfin, pour finir, une petite constatation qui fait mentir notre guide Imray daté de 2003 et qui pourrait aider d’autres navigateurs. Il décrit, entre autre, peu de moyens de s’approvisionner en eau et se ravitailler, pas de moyen de retirer de l’argent, la méfiance par rapport aux nombreux vols et vantait les mérites d’une marina tenue par un allemand exemplaire… on peut dire que tout cela a bien changé !
Nous faisons attention à nos affaires, on ne laisse pas nos sacs sans surveillance à la plage, particulièrement le dinghie, mais cela est surtout du bon sens. Il y a plusieurs supermarchés en ville, et un marché couvert particulièrement bien achalandé, des boucheries, des boulangeries, un marché aux poissons, et même des cyber café ; on peut trouver de l’eau pour le bateau au quai des japonais ; il y a bien évidemment des distributeurs automatiques mais la plupart des commerçants acceptent les euros, et enfin, il faut absolument éviter cette marina qui, en plus d’être chère, est dirigée par une personne des moins aimables.
La morabeza, gentillesse, l’affabilité et le sourire cap verdien sont une réalité qui nous restera en souvenir de ce pays.

Demain, nous partirons à la voile sur Goudrome et Khira pour Santo Antao, l’île voisine située à 10 miles. On vous racontera.
Boa noite, até logo !

N.B. : Petite note un peu moins drôle ; Cette escale nous ouvre les yeux sur des réalités qui concernent l’immigration, le racisme, la misère et la pauvreté. Ma soirée d’anniversaire a été bouclée par la visite de la police maritime qui nous priait de faire évacuer les personnes de nationalité Cap verdienne sans raison (nous sommes pavillon français, et donc en France, c’est étrange mais c’est ainsi). L’entrée de la marina où nous laissons notre annexe moyennant paiement journalier, se voit refusée à Malik, pourtant muni d’un visa de 3 mois pour le Cap Vert, sans autre motif que sa couleur de peau. La construction de cette marina coupe court aux sources de revenus, aussi ridicules soient-ils, des enfants des rues qui gardaient autrefois les annexes. On est loin des drames que vous lisez tous les jours sur Haiti, mais le monde est injuste partout.


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dimanche 24 janvier 2010

Mindelo, ou le farniente au soleil

La Bodeguita de Bruno, petit bar qui surplombe la ville

Bonjour a tous, voici un aperçu en images de notre séjour a Mindelo,
en attendant une note rédigée sur cette île.
Tout ce qu'on peut vous dire c'est qu'on est plus souvent en train de déguster un "punch coc'", qu'en train de rafistoler un truc sur Goudrome !
à bientôt





Un repas de taille, pêché en musique, et intercepté directement sur la plage.








Xavier goûte au plat traditionel : la cachupa. Faite de diffèrentes fèves de haricots et de maïs, une tranche de viande bouillie en sauce, un œuf et quelques rondelles de chorizo. Le tout accompagné de piment (malagueta) est délicieux. (la recette par ici)


Le Clube Nautico, repère de voileux tour du mondiste



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mercredi 20 janvier 2010

Las Palmas (Canaries) - Mindelo (Cap Vert)

















Le 11 janvier 2010,

Lou ne voulait pas manquer notre départ vers le Cap Vert. A 17h30, l’antenne BLU qui est posée sur le pataras jusqu’en tête de mât clôture les préparatifs. Sur le ponton S, Lou est accompagnée de Fabrice, le capitaine du cata sur lequel ils partiront vers Cuba demain. (C’est aussi le cata sur lequel nous dansions la veille jusqu’à l’aube enthousiasmés par le rhum qui coulait dans nos veines). Nous saluons aussi Tessa et François, façon canadienne : pas de poignées de mains viriles, ni de tendres baisers, mais plutôt une accolade amicale qu’ils appellent le « hug ».



Après plusieurs soirées en leur compagnie, nous avions décidés de les emmener au Cap Vert mais sans engagement pour la suite. C’est que Goudrome est plutôt configuré pour un équipage réduit, tout l’espace est ouvert et leur présence aurait pu remettre en cause les fondamentaux de l’intimité. Cela ne semblait pas les effrayer, au contraire !
Leur détermination, leur histoire, et ces bons moments partagés avaient finis par bouleverser Laurène qui envisageait à présent de les accueillir jusqu’aux Antilles. Le soucis c’est qu’ils s’étaient déjà engagés en passant une première nuit sur Lélio et se devaient d’être fidèles au premier capitaine leur proposant la transat (sans escale au Cap Vert), un couple de retraités, ma foi sympathiques.

Ces adieux sont déchirants, un échec cuisant et une situation ridicule. Nous abandonnons impuissants ce couple de notre âge et les larmes de Laurène impriment leurs jolies silhouettes, tout en continuant à faire des signes d’au revoir aux autres bateaux.

Lou et Lucille ont couru jusqu’au bout de la jetée et tentent de rester en contact par des cris et des gestes amicaux pendant que Laurène hisse la voile qui clôture comme un trait cette escale familiale. (Tellement familiale que la jolie voisine norvégienne Hildegunn, du catamaran Enata, avait pris soin de nous préparer un délicieux pain de farine complète et de céréales concassées. Lou nous avait aussi offert des petits chocolats)

Je passe la première nuit à empanner (passer de bâbord à tribord amure en vent arrière) pendant que Laurène accuse le choc de ces séparations. Le moral est dans les cales le lendemain aussi. Le spi est envoyé depuis ce matin et nous filons par une bonne brise de nord-nord/ouest. Le vent est variable dans sa force mais aussi dans sa direction. Vers 1H du matin, il passe enfin est-nord/est et je m’épuise à empanner sous spi pour éviter d’éveiller Laurène qui déguste son quart de repos. Cette opération demande beaucoup de concentration et d’effort physique, cela dure un moment !
Manœuvre réussie, fier comme un coq, je me défait de mes vêtements trempés de sueur, et reviens à la barre.

La nuit, les couleurs se font remarquer par leur absence, c’est le noir absolu par définition. (Petit clin d’œil à Julien !). Goudrome file à vive allure en inscrivant délicatement une traînée phosphorescente. Le spectacle est inouï, on ne se fatigue pas d’observer le plancton qui explose en réponse au scintillement des étoiles. (On ne compte plus les vœux de bonheur exprimés en observant les étoiles filantes, qui tombent parfois très près du bateau)

Le régulateur ne fonctionne qu’approximativement, à cette vitesse (parfois 8 noeuds) il est presque dangereux de perdre le cap. Mon seul stage aux Glénans me rappelle le souvenir amer d’un départ au lof. (Le bateau devient ardent, remonte brutalement au vent, résultat il se couche en une fraction de seconde)
Nous voulons aussi épargner le pilote automatique, et choisissons de barrer à tour de rôle, pour le conserver longtemps comme un troisième barreur. Le plus long reste à venir.

Laurène n’est pas très heureuse en mer, cette longue navigation est éprouvante puisqu’elle ne ressent de véritable satisfaction qu’aux escales. Le roulis est chez elle un moteur à alimenter les pensées négatives. Malgré la décision ferme et définitive prise librement à l’issue de la méditerranée, elle s’acharne à penser que le bateau n’est pas son ami. J’ai l’impression qu’elle est en apnée dès qu’on ne voit plus les côtes !
Est-ce de la volonté, ou seulement une jolie définition de l’amour ?

Heureusement, quelques éléments vont briser sa coquille en douceur. Le troisième matin, elle peut enfin vraiment admirer les dauphins qui nous rendent visite. Elle passera un long moment assise à la proue, observant la nage fluide et harmonieuse des dizaines d’individus qui se présentent sous ses pieds à tour de rôle.

Le soir nous nous installons confortablement dans le carré, l’ordinateur portable est maintenu par des crayons scotchés à la table, nous vivons notre premier cinéma-croisière !
Un régal, l’espace d’un film, nous sommes littéralement absorbés, même si nous observons des pauses pour la veille, trois ou quatre fois par heure.

Vendredi 15 janvier 2010,
Nous passons le tropique du cancer, je fais un écart et bois une bière chaude en guise de célébration.

A présent la route est définitivement celle des alizés. Le vent est installé secteur nord-est, force 3 à 6. Idéal pour notre cap à 220°.
Là, on découvre la plaisance, ça commence à plaire à Laurène. Nos journées sont douces et ensoleillées. Au programme : cuisine, pêche, lecture, musique et farniente.
(pour le point de la pêche, on aime autant l’exercice que le résultat : la seule dorade pêchée nous a laissé une joue avant de nous abandonner. C’est un peu comme si une belle assiette vous était présentée au restaurant et finissait sur la table du voisin)
Bref, la genèse du repos, de la contemplation.
Nous ne croisons rien ni personne depuis la nuit de mardi ! (Si, quelques dauphins, un ballon de football et un morceau de bois, genre bille de chemin de fer à la dérive)

Une autre activité débute samedi soir : les vacations radio !
A notre grande surprise, en veillant le canal de sécurité (le canal 16) nous entendons des français qui se dégagent ensuite sur le canal 72, ce que nous faisons aussi (un peu comme si nous écoutions aux portes). Plusieurs choses nous interpellent au fil de la conversation : trois pavillons français en convoyage, des voix, une fille… mais oui, c’est Lou et Fabrice sur Vigual !! Incroyable, ils sont partis un jour après nous et font route sur Cuba en faisant une escale à Saint Martin, nous ne pensions pas les entendre ! Nous vérifions à plusieurs reprises sans y croire leur position : elle est bien à 165 miles nautique !!! Lou et Laurène se parlent comme au téléphone pendant un long moment.
Nous parvenons à nouveau à communiquer lundi pour des adieux marins.
Cette nuit là c’est encore nuit noire. La nouvelle lune apparaît brièvement sur tribord dans une tenue aussi légère qu’éphémère. En passant, c’est un spectacle de toute beauté. Le ciel à l’horizon reprend ses crayons de couleurs pour laisser la place à la reine de la nuit et on assiste à une merveilleuse séance de maquillage : d’abord un trait de lumière, léger et précis, pour souligner le volume par le bas, puis l’ensemble du cercle qui apparaît comme un halo, et enfin le relief en son centre qui se distingue subtilement avant de disparaître.
Arrivent enfin les étoiles, cela commence par les couches près de l’horizon pour les plus lumineuses, puis l’ensemble de la voûte céleste se met en place. Durée du spectacle : environ 12 heures.

Ce Lundi 18 janvier, en plus d’être l’anniversaire de mon frère aîné auquel je pense particulièrement, une lueur m’intrigue.
Je fais un relèvement à 70° et vérifie en observant sa lente évolution qu’il ne s’agit pas d’une étoile. Je m’interroge des heures durant sur ce phénomène qui ne ressemble pas aux feux d’un navire habituel (ni cargo, ni bateau de pêche, ni voilier).
Au bout de quatre heures, ses points lumineux grossissent plus rapidement et commencent à m’inquiéter. Nous faisons une route de collision. Laurène et moi anticipons les manœuvres à envisager. Nous allumons la VHF pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un navire de contrôle (douane..etc) et découvrons une conversation entre deux individus s’exprimant en anglais. Le premier a un accent plutôt indien, le second plutôt arabe… le ton, ainsi que le contenu, sur un fond de musique étrange et hachée (nous sommes bien sur le canal 16, réservée d’autorité exclusivement aux appels de détresse, d’urgence et de sécurité !). Le thème est la mort, la guerre et les échanges ressemblent plus à des insultes qu’à des rapports courtois ! Gloups… des pirates ??
Nous sommes pile au large d’une des villes les plus pauvres d’Afrique de l’ouest, et ce bateau commence à s’approcher dangereusement. J’allume le projecteur de pont et envoie une torche puissante supplémentaire dans les voiles, nous sommes prêts à manœuvrer, quand l’ofni nous imite ! Ce que nous découvrons à cet instant est magique, dans le noir absolu, un vieux gréement s’illumine intégralement à quelques centaines de mètres.

Le lendemain, nous le recroiserons (mais cette fois de jour), et l’identifierons comme le Rara Avis, naviguant de pair avec le Bel Espoir, deux super stars des océans, la flotte du père Jaouen. Heureusement que Laurène a de la culture marine (ça va plaire à Jean-René).
Moi de mon côté je me suis contenté de faire une plaisanterie radio, qui se résume comme ceci :
- « Rara Avis, Rara Avis, Rara Avis, pour Goudrome, m’entendez vous ? Vous êtes sur notre route, vous feriez mieux de virer, on arrive plein pot et on n’a pas de freins ! »
Et l’autre de répondre :
- « t’inquiètes, on vient de mettre toute la garde robe ! »
Ceci a détendu la suite de la conversation, le capitaine nous a gentiment rappelé plus tard pour nous donner la météo, et surtout la promesse d’un rendez vous pour boire des coups une fois arrivés au mouillage commun, Mindelo sur Sao Vicente.

Mardi 19 janvier 2010,
Notre atterrissage est à l’image de cette navigation, nous arrivons de nuit mais en toute tranquillité et à la voile, pour ancrer par 5 mètres de fond. Cette navigation de 860 miles nautiques (traduisez, plus de 1500 kilomètres), coûtera moins d’un litre de fuel à la planète, on est loin de la méditerranée !

Nous pensons rester une semaine à Mindelo, et plus si affinités. Até logo !


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