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jeudi 29 avril 2010

Petit constat de mi-parcours

Parmi les choses essentielles que nous aura appris la vie sur Goudrome, il y a aussi quelques petits détails non moins essentiels qui font notre quotidien d’amphibiens et qui ne nous étaient pas apparues lorsque nous étions encore des terriens. Voici venu le temps d’un bilan après 7 mois passés en bateau.



Les effets sur notre corps :
- Notre peau mue quotidiennement. Cet effet est renforcé par le rayonnement solaire qui agit sur notre peau comme un four. Il suffit d’effleurer le dit support avec un ongle pour fabriquer un petit spaghetti de peaux mortes dont il faut immanquablement se débarrasser en se faisant un gommage.

- Nos cheveux blondissent. Pour Laurène ce n’est rien de bien nouveau, mais cela donne une apparence très « capitaine au long cours » à Xavier.

- Nous avons chaud, et cela influe directement sur nos caractères. Nous sommes devenus mous.

- Notre corps subit une perte importante de poids en navigation, et gonfle dès que nous posons le pied sur terre.

- Nous avons réduit notre marche quotidienne par cent et avons multiplié la natation par le même coefficient.

- Les vêtements nous gênent et notre garde-robe se limite à quelques morceaux de tissus, en général toujours les mêmes : ceux qu’on aime et qui sont invariablement décolorés par le soleil.

Nos rapports avec les bêtes :
- Laurène est en manque permanent de compagnie animale, elle palie donc cette absence par l’observation assidue d’une famille de crabes qui loge sur la coque.

- En mer, nous ne sommes plus incommodés par les moustiques.

- Les seuls animaux qui semblent nous fuir sont définitivement les poissons que nous essayons de remonter à bord. Sur ce point des progrès restent à faire.

Notre conception de l’habitation :
- Une ancre minuscule peut tenir un bateau gigantesque. La proportion de cet objet par rapport à ce qu’elle permet d’enraciner est une surprise quotidienne. C’est un peu comme si on arrachait les fondations de la maison pour la reloger 5 km plus loin et ce tous les jours avec un certain avantage dont manquent les maisons, celui de toujours orienter les fenêtres face au vent.

- Les maisons n‘ont pas non plus de placards sous les tapis, ceci dit.

- Notre notion de surface habitable a été revue à la baisse. 10 mètres, finalement, c’est un énorme volume.

L’autonomie :
- Depuis que les panneaux solaires sont fonctionnels, soit depuis Lanzarote, nous produisons suffisamment d’énergie pour n’avoir recours à aucun service. Les litres de gasoil brûlés sont médiocres comparés aux miles nautiques parcourus.

- La seule énergie qui nous importe réellement se mesure sur l’échelle de Beaufort.

- Puisque nous n’avons pas réussi à amariner nos amis terriens, force est de constater que nos amis amphibiens se déplacent, eux, avec une grande facilité. Ainsi nous en avons toujours un stock à chaque mouillage.

Le temps :
- Ce qui autrefois nous semblait un inconvénient léger lorsqu’il s’agissait de se rendre d’un point A à un point B en moto, ou en vélo (rayer la mention inutile) est aujourd’hui une évidence liée à notre survie. Avant chaque sortie, il est préférable de s’être prémuni de la météo pour les heures, voir les jours qui viennent. (Surtout valable pour les longues navigations, mais aussi pour les courtes sorties en laissant les capots du bateau ouverts.)

- Depuis notre arrivée aux Antilles, le baromètre n’a bougé que de deux millibars, on peut dire que la situation est stable.

- La résonance du réveil vécu comme un harcèlement est remplacé par un lever de soleil. Les montres et autres horloges n’ont pas fait partie de nos bagages.

Les dons à la mer :
- Laurène semble offrir à la mer ses meilleurs sujets en « ette ».
Depuis le départ, elle déplore la perte d’une chaussette, de lunettes, d’une casquette, d’une assiette, une clef à molette, d’une bicyclette (heureusement repêchée peu de temps après sa chute dans le port de Gibraltar) et dans un autre registre, d’une palme, d’un bas de maillot de bain, d’un macintosh (pas en mer, mais en grillant son alimentation dans un bar du décidemment maudit, Gibraltar), d’un seau, et d’un pare battage.
Et bien sûr, dans sa générosité sans limite, de quelques repas amoureusement concoctés.

Les ratés :
- Xavier pensant faire une bonne affaire à Gibraltar (encore !) en achetant du papier à rouler en gros, s’est retrouvé avec un stock entre 600 et 1000 feuilles à rouler à découper sur la longueur et la largeur. Sans commentaires.

- Il faut savoir qu’en navigation nous avons pris l’habitude de bloquer l’hélice en marche arrière pour éviter qu’elle ne tourne. Et lorsque que Xavier confie le soin de veiller sur le bateau pour une courte période de sommeil à son moussaillon décidemment peu dégourdie, il ne s’attend pas forcement à ce que celle-ci, contrainte par une absence totale de vent, démarre fourbement le moteur en omettant de redresser le levier … pleine puissance dans la direction opposée ! Râles, reprise du quart et consignation de la victime dans le carré avec des boules quiès.

- Des tiroirs qui ne glissent pas bien, en temps normal, on met de la paraffine sous chacun des côtes. Dans le domaine du bateau, par 30° de gîte, c’est une erreur qu’on ne commettra plus.

Nous ne sommes pas au bout de nos constatations, la suite… bientôt !
Laurène


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mercredi 25 novembre 2009

Juste une question de point de vue...

Je lis le livre de Beate Kammler, "Viens faire le tour du monde sur mon joli voilier", que j'ai troqué contre quelques autres livres à Alice du voilier Aotearoa, et je ris. Beaucoup. Toute femme qui voudrait partir pour un idyllique voyage en voilier devrait l'avoir lu au préalable.
La pauvre fille a été encore moins avertie que moi quand aux "plaisirs" de la navigation. Je savais à peu près à quoi m'attendre pour avoir un peu navigué avant de me lancer, mais j'ignorais heureusement beaucoup de choses qui m'auraient peut-être freinée dans mon enthousiasme si j'en avais eu connaissance avant.

En parlant avec d'autres femmes des autres bateaux que nous rencontrons, (et surtout grâce à mes lectures) je me rend compte qu'il faut surtout beaucoup d'amour pour suivre son homme dans un tel projet.
Beate le dit d'ailleurs très bien : "Pas un livre de navigation autour du monde ne m'a encore dit la vérité sur la vie quotidienne à bord. Cela n'est pas étonnant car ils ont tous été écrits pas des hommes!".


à bord il faut un peu d'organisation, et de la persevérance pour arriver à ses fins. Tous les gestes du quotidien terrien sont à revoir ici, et même les plus simples peuvent prendre des tournures dramatiques sans un peu d'agilité.
Par exemple, faire des crêpes. C'est une bien bonne idée pour réveiller Xavier en douceur, je n'ai pas forcément besoin de lait, je remplace par de l'eau, et puis c'est bon avec du nutella.
Déjà il faut faut faire une pâte, liquide donc, arriver à battre les ingrédients dans un saladier mouvant, tout en arrivant à se maintenir debout soi-même. (pour pimenter l'exercice, ce saladier décidemment peu coopératif comporte une petite fêlure et fuit un peu)
La seconde épreuve consiste à les faire cuire. C'est assez facile en temps normal lorsque la gazinière reste stable et la poêle ne menace pas d'attérir sur mes pieds. Une fois la crêpe cuite, il faut la poser délicatement dans son assiette, qui, au même titre que le saladier et la poêle subit les lois de la houle.
(Xavier se révèle d'une aide précieuse lors de cette étape puisqu'il intercepte la crêpe directement et ainsi la supprime.)

Je vous passe les explications concernant ma propre organisation lorsqu'il s'agit de faire pipi, mais la réussite tient surtout au fait de bien viser et d'évacuer le seau avant que la houle ne le fasse pour moi sans avoir pu atteindre le cockpit à temps.

Quand il s'agit de prendre une petite douche, mais surtout de se laver les cheveux, c'est tout le contraire, il faut bien viser la tête, le but étant de tout se renverser dessus sans gâcher une goutte. J'arrive ainsi à me laver avec moins de deux litres.

(à l'heure où j'écris, environ 7h30 du matin, j'ai reçu trois visites de dauphins. je les entend souffler dans mon dos, et j'aperçois leurs dorsales. Ce sont des bébés qui se sont apparemment affranchis des conseils de leurs parents, poussés par la curiosité. Ils repartent à peine ont ils vu le bateau)

Pour continuer avec mon organisation quotidienne, il faut immanquablement composer avec le mal de mer. Encore une fois, il semblerait que les femmes y soient plus sujettes que les hommes et je ne fais pas exception. Si vous lisez ce blog de bon matin en compagnie d'un café et d'un croissant, je vous conseille de passer quelques lignes, sinon j'espère que ma théorie pourra éclairer d'autres interessées.

j'ai constaté premièrement qu'un régime quasi exclusif à base de fruits se révèle le meilleur allié de ses moments peu agréables. Evidemment pas ceux qui sont acides, ma préférence va (et dans l'ordre) aux bananes, pommes, poires, clémentines, qui sont très faciles à régurgiter et ont exactement le même goût à la sortie!
Si jamais il me prenait l'envie de manger un repas salé, accidentellement trop relevé , (par exemple un taboulé qu'a fait Xavier avec "un peu" de Tabasco), je sais dorénavant que je prendrais le soin de manger une pomme en début de repas. Logiquement, c'est la pomme que je vomirais en dernier, ce qui sera bien plus agréable et doux pour ma pauvre gorge.
Les compotes sont aussi de bons alliés, malheureusement elles sont inexistantes en Espagne. Le coca se vomit très bien aussi. C'est agréable.

Pour briser certains rêves idéalistes, nous ne vivons pas (pas encore) tout nus, et nous ne sommes pas (pas encore) tout bronzés. Ma tenue de combat la plus féminine est composé d'un pull marin de laine, et d'un pantalon de coton long, et la nuit je réhausse tout cela d'une salopette imperméable renforcée sur les fesses pour éviter l'humidité, et de la grosse veste de quart antique de mon grand-père. Je me coiffe délicatement d'un bonnet de laine, et me pare de ma plus belle lampe frontale. Ainsi je suis prête pour une nuit en tête à tête avec les cargos.

Enfin, je dis ça, mais par mer calme nous pouvons cuisiner, nous laver, dormir, nous baffrer... heu, manger, vivre normalement, c'est idéal.
Comme ce matin où je contemple l'immensité de la mer en cherchant des yeux les dauphins, alors que le soleil me réchauffe doucement, je peux affirmer dans ces moments là que la vie est belle à bord de Goudrome.
Je vais aller réveiller Xavier qui souhaite élucider le mystère de la fumée du moteur... à bientôt
laurène

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mardi 13 octobre 2009

départ imminent

Est-ce que l'on peut considérer qu'un grand voyage commence par la dernière nuit passée dans un lit qui ne gîte même pas?
C'est cette entêtante pensée qui m'empêche de trouver le sommeil en cette nuit un peu spéciale, puisque je suis à la veille, ou plutôt à quelques heures de retrouver mon doux capitaine sur Goudrome à Malte.

Je crois que j'ai suffisamment dit au revoir ces derniers jours pour que le départ soit une réalité et que, d'un aspect strictement matériel, tout est maintenant rentré de gré ou de force dans mes sacs. (formidable invention que le Compactor, sorte de Ziploc géant rempli de vêtements dont l'air est évacué par l'aspirateur et transforme donc la masse de vêtements en une ridicule galette. Penser à bien remercier Maman demain à l'aéroport)

Tellement d'émotions se mêlent que je peux prétendre avoir eu un bel aperçu de la palette de sentiments que je pouvais développer, et je ne sous estimerais plus jamais la capacité de mes glandes lacrymales.
Je pars le cœur chargé de toutes vos affectueuses pensées, le poignet gauche orné d'un bracelet en tissu "LOVE", le droit d'une petite étoile, un grand MERCI pour tous ces coups de mains qui ont été autant d'étapes à la concrétisation de ce départ, et... disons ... à bientôt!
Laurène

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