
Goudrome est le bateau au milieu de ce mouillage...




Vue de notre maison
Grasiosa, Playa Francesa, 6 décembre 2009
Nos ventres remplis de satisfaction, nos têtes lourdes de fatigue, nous nous émerveillerons de la beauté de l'île et envisagerons de jouer les Robinsons après une bonne nuit de sommeil.
J'ai bien essayé de sortir les couvertures dans le cockpit pour les secouer, mais l'instant d'après je trouve Xavier couché dessus, qui avait déjà entamé sa nuit. Le message est reçu, le grand ménage attendra lui aussi.Il faut dire que tout est sans dessus-dessous, nous n'avons pas particulièrement veillé à la bonne tenue du carré pendant ses jours de navigation. Amoncellement de chaussettes, et draps en vrac, l'intérieur du bateau est autant en désordre que nous, mais nous avions tout de même pris soin de faire une toilette et de mettre des vêtements propres pour faire illusion avant de débarquer sur le rutillant Moultipass.
Le lendemain matin qui s'offre à nous est bien plus à la hauteur de ce que nous avions imaginé. Les premiers rayons du soleil éclairent l'eau qui prend des couleurs turquoises, et dévoile la plage déserte qui nous entoure. Au loin, des volcans innactifs paressent en donnant un ton mystérieux à l'île.
A cet instant, plusieurs choses m'apparaissent très clairement : que nous sommes bel et bien sortis de notre course en Méditérranée, que la chaleur qui monte doucement est synonyme d'un farniente bien mérité, et qu'enfin apparait sous mes yeux les paysages tants esperés depuis deux mois. La navigation est comme cela, notre récompense est à hauteur de nos efforts, les moments les moins agréables sont justement compensés, c'est un équilibre parfait.
Goudrome balance paisiblement son gros ventre de gauche à droite, son capitaine dort encore, et je me prépare à aller explorer le village voisin. Nous nous sommes donné rendez-vous entre filles pour une petite marche matinale. Louis nous emmène en annexe jusqu'à la plage. Toute tongue dehors, sarrouel relevé à son maximum, mes pieds effleurent l'eau et tâtent le sable. Il faut environ une heure pour atteindre le village, ici pas de route, juste un slalom entre les rochers, la plage a perte de vue et les arbustes.
Et puis le voilà, petit groupement de carrés blancs aux volets bleus ou vert (la seule fantaisie dans l'urbanisme local semble consister dans ces choix de couleurs tant les maisons se ressemblent), aux rues de sables bordées de cactus, et de figuiers de Barbarie, qui porte le nom de Caleta del Sebo (aussi apellé La Sociedad). Lorsque l'on arrive sur cette petite île de 6,5 km de longueur, la tradition veut que l'on enlève ses chaussures et que l'on oublie le monde, et je suis bien heureuse d'appliquer les deux.
J'achète quelques fruits et légumes, maigre choix pas très bon marché, et de quoi faire les prochains repas. Je longe le petit port, qui est animé par des terrasses peuplées de vieux aux chapeaux de paille, quelques babos dúne autre epoque toutes dread locks dehors vendent leurs bijoux de coquillages, et prend le chemin du retour sous le soleil bien reveillé. Je n'ose pas y croire, nous sommes en début décembre, ma peau menace de virer écarlate, et ce que j'ai acheté s'auto-cuit dans le sac en plastique !
Il me faut bien une sieste pour prendre pleine conscience de la réalité que je vis.
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